Et je cite : « notre père qui est au ciel apaise la douleur de votre affliction et qu’il vous laisse seulement le tendre souvenir de vos chers disparus, et la fierté solennelle et bien fondée d’avoir offert un si précieux sacrifice sur l’autel de la liberté ». Abraham Lincoln.
Il faut sauver le soldat Ryan.


Aujourd’hui fut une bien triste journée dans le monde militaire.
Le 19 Janvier, 6 militaires américains ont été tués dans le crash accidentel d’un hélicoptère. Puis, aujourd’hui 20 Janvier, la nouvelle tombe : « 4 soldats français ont été mortellement blessés ce matin dans la province de Kapisa en Afghanistan suite à l’ouverture du feu par un soldat de l’armée afghane. 15 autres ont été blessés dont 8 grièvement ».
Récapitulatif de cette journée :
Comme tous les matins, je me lève et me prépare pour aller en cours. Et comme tous les matins, je vais faire un tour sur le site du Ministère de la Défense. Et comme à chaque fois que je lis une nouvelle de ce genre, j’en ai les jambes coupées.
Malheureusement, mes obligations m’appellent. Je me rends en cours et là, impossible de penser à autre chose qu’à ces 4 familles endeuillées. Ces 4 soldats, tous mariés ou en concubinage, tous pères de familles. Alors, il y a l’incompréhension qui me suit. Et, en parallèle, l’évolution de ma journée pendant laquelle je dois faire semblant d’être joyeuse pour donner le change. Mais, à chaque seconde, il y a les visages de mes amies, plus que mes amies, ma famille, toutes ces femmes de soldats. Je pense par exemple à Magalie, à Sandy, à Oriane, à Marine et à toutes les autres. Toutes ces femmes qui attendent désespérément des nouvelles de leur moitié et qui peuvent seulement espèrer. Espèrer que ce ne soit pas LUI. Attendre, encore et encore qu’enfin, on nous communique le nom du camp qui a été touché et surtout à quel régiment appartenaient les soldats.Et je sais qu’à ce moment là; on ne peut pas s’en empêcher, mais on est toutes égoïstes, car on se permettrait même de prier pour que ce soit n’importe lequel mais pas le notre qui ai été touché. Alors, on passe des coups de téléphone à toutes nos copines afghanettes en croisant les doigts tellement fort pour qu’elles ai eu des nouvelles, qu’ils en deviendraient même bleus. Certaines d’entre elles ne décrochent même pas accaparées par l’angoisse. Et quand enfin, on apprend que leurs chéris vont bien, on ne peut même pas ressentir de soulagement.
On ne peut pas parce que quelque part, ailleurs, en France, ces hommes au service de la paix, laissent des femmes, des orphelins, des familles entières et des amis complètement désespérés. Ils laissent leurs camarades sur le terrain des opérations, ceux avec qui ils ont toujours du partager une véritable cohésion, complètement affaiblis et meurtris. Mais comment pourraient-ils puiser encore la force de se battre après ça? Comment pourrait-ils avoir encore envie d’enseigner à ces soldats afghans alors qu’ils viennent de perdre leurs amis les plus chers sous le feu des balles devant leurs yeux?
Même s’ils se sont engagés pour être dans l’action et pour partir au combat, je pense que personne ne peut imaginer leur souffrance à cet instant. Et les discours qu’on entend à ces moments là restent toujours les mêmes « ils se sont engagés pour mourir ». Alors après ces paroles, c’est plus que de l’incompréhension qui surgit. Malgré nous, on ne peut plus contrôler la colère, cette colère qui nous ronge tellement de l’intérieur qu’elle nous en donne des maux d’estomac. Alors à cet instant, il y a certes, la colère contre les talibans et leurs alliés, cette colère qui nous envahit, cette envie de se déplacer nous même et de leur arracher le coeur de la poitrine. Mais il y a aussi cette fureur contre le peuple français pour lequel ils se battent. Cette douleur d’entendre parler les gens dans la rue qui ne savent pas que vous êtes femme de militaire et de les entendre dire que c’est bien fait pour eux, qu’ils n’auraient jamais du s’engager. Alors, sans pouvoir m’en empêcher, je rentre dans une telle folie, je voudrais tellement leur ouvrir les yeux et leur dire « non, ce n’est pas pour se faire tuer qu’ils se sont engagés, mais pour maintenir la paix. Cette paix dont vous pouvez jouir librement dans votre pays ». Alors oui certes, au moment de leur engagement, ils connaissaient les dangers mais surtout les gros risques encourus. Cependant, ils n’ont pas hésité une seule seconde.
Je voudrais tellement pouvoir être auprès des familles ce soir et leur montrer à quel point je compatis à leur douleur, à quel point je comprend leur impression d’injustice! Je voudrais juste leur présenter mes sincères condoléances et les remercier pour ce si lourd sacrifice. En espèrant que leur peine s’adoucisse avec le temps.. Et surtout qu’elles restent fières de ces êtres tant aimés qu’elles auraient voulues pouvoir cotoyer plus souvent.
Parce-que même si on sait toutes que notre « soldat donne sa vie pour la patrie et non pour sa famille », la peine sera quand même toujours présente.
(Juste une note à moi même sans rentrer dans le vif du sujet, je déteste qu’on se serve de ce genre d’évênement pour améliorer sa campagne électorale..)
Et juste parce-que j’ai toujours peur de ne jamais le lui avoir assez dit, je t’aime mon sergent. Je le soutiendrais dans chacune de ses décisions. Déjà 1 ans, 4 mois, 2 semaines et 6 jours d’engagement. Et quand je me rappelle nos moments d’avant l’armée, je me dis que j’étais vraiment un jeune fille naïve. Cette expérience nous a fait grandir ensemble et j’en suis fière.
Désolée pour cet article aussi long, je comprendrais parfaitement que vous n’ayez pas l’envie d’en parvenir jusqu’au bout. Mais pour remédier à mes insomnies, il fallait que ça sorte
.
Je veux juste rajouter un mot pour dire que cet article ne prend en aucun cas positions sur les convictions défendues par certaines personnes. Ce que j’exprime sur ce blog est seulement mon ressenti. Alors, vive la liberté d’expression